Critique DVD : Namie Amuro – Past < Future Tour 2010

Et voilà, encore une fois, Namie Amuro m’énerve. Pourtant, Namie et moi, c’est une longue histoire, débutée il y a 12 ans maintenant, et qui n’en finit plus de se prolonger tandis qu’un par un, ses albums me ravissent, comme ceux d’aucun(e) autre n’ont su le faire sur la durée. L’artiste reste en effet, à ce jour, la seule popstar nippone dont je ne me sois pas lassé. Pas étonnant qu’avec ça l’image du fan inconditionnel me colle à la peau. Une image que je traîne depuis des années, en dépit de toute la déception, sinon de la colère, dont j’ai pu faire état au fil de ses sorties DVDs de ces dernières années. Si j’ai fini par abandonner le combat quant à la crédibilité de mes écrits sur Namie, je n’en reste pas moins toujours dans l’expectative lorsque sont annoncées les videos de ses nouvelles tournées, avec au coeur l’espoir tout sauf secret de retrouver les performances chant+danse qui m’enchantaient jadis.

On prend les mêmes… ?

Namie Amuro - Past < Future Tour 2010

Pour ce qui est du rappel contextuel et chronologique, je vais me contenter de citer mon billet d’il y a quelques semaines annonçant la sortie DVD de ce Past<Future 2010.

Qu’en attendre ? Ma foi je n’en sais trop rien. Le DVD du SO CRAZY TOUR en 2004 était excellent, le Space of Hip Pop Tour 2005 était plutôt pas mal, le LIVE STYLE 2006 hautement décevant, le PLAY Tour pas franchement mieux, et le BEST FICTION TOUR à peine meilleur. La raison principale de cette baisse de régime : Namie enchaîne des tournées marathons toujours plus longues, qui tiennent de plus en plus de la performance sportive au détriment de la qualité des prestations scéniques : économie des mouvements et tableaux plus ou moins réussis ont progressivement remplacé les prestations charismatiques et les chorégraphies bien assurées qui faisaient mon bonheur il y a quelques années. Alors quand on sait que le Past < Future Tour est la tournée la plus longue jamais entreprise par Namie, on ne peut que craindre le pire. Reste que les échos sur cette tournée sont plutôt bons, aussi accordons à la chanteuse le bénéfice du doute…

Namie Amuro - Past < Future Tour 2010

L’a-t-elle mérité, finalement, ce bénéfice du doute ? En tout cas ce n’est pas l’intro du concert qui va me rassurer : exit les débuts de concert explosifs à grands renforts de mise en scène, vla que Namie nous pond une prestation tout juste propre sur elle de FAST CAR, le cul assis sur un fauteuil dans une robe à frou-frous. Ca promet ! La suite conforte dans une certaine déception avec une série de performances tout juste « assurées ». Sur des chorégraphies qui ont été nettement simplifiées par rapport à la promo des singles concernés, Namie fait des moulinets, donne des petits coups de hanche, des petits coups de bras (le droit, l’autre tient le micro), tourne sur elle-même, descend une fois ou deux sur ses genoux, se balance de gauche à droite, de droite à gauche, elle n’arrête pas de bouger, ah ça elle bouge, à coups de demi-mouvements mollassons, mais elle bouge, ou plutôt se trémousse, juchée bien sûr sur ses talons fétiches qui me cassent tant les c*******. Mon Dieu que c’est mou ! ROCK STEADY y perd tout son groove, COPY THAT tout son funky pour ne conserver que les minauderies, SEXY GIRL tout son percutant. Ah j’oubliais, Namie pose aussi, elle ne fait même quasiment que ça sur FUNKY TOWN : poser, et puis défiler un peu quand même aussi, tout comme sur CAN’T SLEEP CAN’T EAT I’M SICK, sans oublier de sauter 3 fois sur ses talons pour harponner un peu le public. Elle monte les marches qui occupent les 3/4 de la scène, les descend, de ce côté pas de doute : personne ne maîtrise mieux qu’elle l’exercice des escaliers sur talons hauts, chapeau l’artiste !

Objectivement, il y a du progrès

vlcsnap-2010-12-19-14h30m58s140

Pourtant dans l’absolu, par rapport aux deux ou trois concerts précédents, il y a du mieux. Sisi, je vous jure ! Tout d’abord vocalement : c’est assez incroyable, mais il n’y a, sur ce concert, quasiment pas une fausse note qui sort du micro de Namie. Ou plutôt pas une qui soit restée sur le DVD, à la faveur d’un procédé audacieux qui a le mérite de rester à peu près honnête tout en assurant un rendu, pour le coup, carrément excellent. Namie chante donc comme d’habitude par dessus sa propre voix, et si elle n’a pas perdu sa fâcheuse habitude de régler le volume de sa puissance vocale en éloignant le micro de sa bouche, les ingé-sons qui bossent derrière se sont chargés d’ajuster les niveaux respectifs du micro et de la bande en fonction de la qualité de la performance vocal en temps réelde Namie. Globalement donc pas de playback digne de ce nom, on entend toujours le chant live, mais plus ou moins « arrangé » par les back vocals. Back vocals qui par ailleurs offrent parfois un surplus bienvenu d’occupation de l’espace sonore, comme par exemple sur SEXY GIRL où, clairement, ils sauvent la mise.

Namie Amuro - Past < Future Tour 2010

Autre bon point : l’attitude. Certes Namie ne décroche en tout et pour tout qu’un « Merci à tous pour ce soir » en fin de concert, pour le reste pas un mot. Certes aussi, ce concert se résume à une succession froide et factuelle de tableaux où la chanteuse joue les divas au milieu de ses danseurs, au mieux en profitant vaguement de 2-3 éléments de décor en carton. La différence, c’est que ce n’est plus ici un marathon, une course à la performance, au toujours plus. L’économie d’énergie a été calculée, intégrée à la conception du concert et des chorégraphies, ce qui permet d’éviter les moments où, tout à sa concentration, Namie regarde ses pieds. Elle sourit, elle fait des petits clins d’oeil de temps en temps, des petites moues kawaii, tout cela est certes complètement réfléchi, mais au moins c’est là, il n’y a plus ce goufre abyssal que l’on ressentait ces dernières années entre l’artiste et son public. Moins de place pour la frustration des fans… mais un peu plus pour l’ennui, c’est un fait.

Namie Amuro - Past < Future Tour 2010

Namie s’en fout, elle assume tout, à commencer par son statut de cold bitch. Namie est la star, elle est là pour faire son job, c’est là dessus qu’elle estime être jugée, et elle tient à exposer le résultat de son travail, rien d’autre. Toute la réalisation, qui pour le coup est absolument EXCELLENTE et de loin la meilleure depuis le SO CRAZY Tour, est au service de la chanteuse, dont la prestation est sacrément mise en valeur sur la bande video (comprendre ici que vu de la salle c’était sans doute beaucoup plus statique que ça ne l’est là). La mise en scène reste par contre minimaliste (on se demande à quoi sert l’écran géant, à part permettre au public de mieux comprendre les baragouinements engurish de Namie en affichant le moindre bout de mot en anglais dans les paroles, mais d’anglais exclusivement). Les éclairages sont pauvres et complètement centrés sur l’artiste au mépris de ses danseurs souvent plongés dans le noir, bref TOUT est fait pour centrer l’attention sur Namie. Et le fait est que c’est réussi, le charisme de la chanteuse étant valorisé ici comme jamais… je ne suis en tout cas pas sûr qu’une quelconque autre popstar livre quelque chose de plus convaincant dans des conditions aussi exigeantes ne laissant, clairement, aucun répit. Comble du nombrilisme : même la présentation des musiciens et des danseurs se fait de manière muette, par le biais d’un fond musical et de l’écran lumineux.

Namie Amuro - Past < Future Tour 2010

Côté tenues là aussi, les progrès sont continus. Namie porte mieux que jamais le surnom de « plus beau porte-manteau de la scène Jpop » dont l’avait affublé feu-Ananda (ça fait au moins un mort dont il reste quelque chose). Pour peu que l’on ait fait le deuil de son espoir de la voir porter un jour autre chose qu’une jupe ou robe courte et des bottes, il y a même de quoi être content. On est loin des costumes de cosplayeuse cousus à la machine Singer par la maîtresse d’école de son fils qu’elle portait lors des tournées 2004-2006-2007 ! Mention spéciale au combo robe courte blanche/veste cintrée/chapeau qui lui va à ravir. Enfin, dernier point à mettre au crédit de ce concert : la setlist, très bien construite, enchaîne les morceaux regroupés par genre avec des transitions parfois mixées, et des enchaînements intelligents (ROCK U de Shinichi Osawa suivi de WHAT A FEELING, du même producteur…), ce qui donne au final un show d’une très bonne tenue. D’autant que les arrangements live sont très bien fichus, avec un usage très pertinent des guitares électriques, une batterie qui sait marquer le beat avec force quand il le faut, et certains titres revisités qui gagnent en puissance (WANT ME WANT ME en tête).

Bouh qu’elle m’énerve !

Namie Amuro - Past < Future Tour 2010

Beaucoup de motifs de satisfaction au final, alors pourquoi ce goût amer d’inachevé qui reste au fond de la gorge au visionnage de ce concert ? Et bien si beaucoup de défauts des live précédents ont été gommés, le résultat reste au final assez loin de ce qu’un fan de longue date pourrait espérer. Bien sûr les chorés petit bras sur échasses sont agaçantes, ce serait tellement plus intelligent de mixer les morceaux plus statiques misant sur la mise en scène ou les danseurs (comme Do Me More, relativement réussie dans le genre, ou Shut Up), avec des morceaux chorégraphiés plus engagés ! Mais sur la longueur, même vocalement parlant le résultat est poussif. En dépit d’une performance vocale franchement convaincante et bien arrangée par la technique, on se surprend parfois à des accès de violence. Point d’orgue du phénomène : la trilogie Think of me / The Meaning of Us / Baby Don’t Cry. La première est expédiée de manière très concentrée, Namie fait son job, joue au yoyo avec son micro, bon, passons. Sur la deuxième, le résultat est plus habité, bien que pas à la hauteur de l’effet que m’a fait la version CD. Et pour cause : s’il y a bien une chose que Namie a beaucoup de mal à faire, c’est nuancer son interprétation en live. En clair, elle braille.

Namie Amuro - Past < Future Tour 2010

Quant à Baby Don’t Cry, c’est un pur calvaire, d’autant que le morceau m’insupporte déjà au plus haut point dans sa version studio. Premier couplet, tout à coup Namie passe en mode fan service : sourires kawaii, regard de biche, le public en prend plein la gueule pour pas un rond. Pour ma part la progression vers le refrain commence à me dresser les cheveux sur la tête. Namie ne chante déjà plus, elle beugle, comme un veau qu’on mène à l’abattoir, sauf qu’un veau c’est mignon, alors que la petite moue complètement calculée qu’elle nous sort après le premier refrain donne plutôt envie de lui foutre des baffes, mais pas le temps, le deuxième couplet est avalé, et c’est parti, Namie braille de plus belle, croise Eve Angeli sur le chemin, lui rit au nez, puis Lara Fabian, lui crache à la gueule, et enchaîne, le pont de la chanson, comble de la torpeur, apogée de la douleur, la compo monocorde au possible l’oblige à tenir des notes bancales tout en puissance, c’est juste ignoble, mais tant pis, Namie braille encore et toujours, son public l’encourage, alors elle pousse, toujours plus fort, avec le sourire, reléguant le duo Yuna Ito / Céline Dion au rang de douce berceuse, elle lève la main en l’air, et arrive le dernier refrain, Mariah Carey a abandonné le combat de longue date, c’est désormais officiel, Namie est la plus grande brailleuse du monde, bravo Namie, la chanson n’en finit pas, le public chante aussi, mais Namie en rajoute une couche, j’en peux plus, par pitié, je sors le shotgun, qu’une seule envie, lui exploser la tête, pour qu’elle se taise, enfin, mon doigt frémit sur la détente, putain, Namie,

TA GUEULE !!!!!

Namie Amuro - Past < Future Tour 2010

Pfiou ! Bon j’exagère un peu, mais à peine : franchement ce passage était douloureux, et il y en a deux-trois autres du même acabit au cours du concert. En fait, si je suis autant en colère, ce n’est certainement pas à cause de la qualité globale de ce show, honnêtement bien meilleur qu’au moins les deux-trois précédents. Non non, si je suis énervé, c’est parce que Namie nous fait dans ce DVD la démonstration de ce qu’elle est capable de faire, et de ce que pourraient donc être ses concerts si elle ne se lançait plus dans des tournées interminables l’obligeant à intégrer le principe d’économie physique à la conception de ses shows. J’en veux pour preuve l’excellent combo Do Me More / BLACK DIAMOND / LOVE GAME / ROCK U. Namie y quitte enfin cette saloperie de micro main pour un micro-casque qui lui permet de bouger les deux bras, et déjà ça change tout. Les guitares électriques fusent, le beat est marqué, les éclairages instaurent une excellente ambiance dancefloor et collent très bien aux chorégraphies, l’écran géant diffuse des images qui accentuent le dynamisme global du rendu, bref tout y est. Le point culminant du concert, à n’en pas douter, c’est la prestation démente que nous livrent Namie et son équipe sur ROCK U. Une bombe, tout simplement, et ce en dépit même du retour du micro tenu à la main. Dans ce morceau le charisme de Namie explose, et elle peut cette fois hurler à sa guise, et même envoyer tout le monde se faire foutre avec un doigt d’honneur, on en redemande ! Le public ne s’y trompe d’ailleurs pas, la salle est en feu et la chanson saluée d’une ovation bien méritée.

Namie Amuro - Past < Future Tour 2010

Namie a beau être une pimbèche complètement snob, le fait est qu’elle reste trois crans au dessus du lot, et les fulgurances de charisme qu’elle continue de démontrer de temps en temps suffisent à justifier sa réputation de bête de scène, en dépit de tous les défauts et toutes les frustrations dont il est fait état plus haut. La bonne nouvelle c’est qu’elle commence à comprendre, et qu’après une descente aux enfers que je commençais à croire inéluctable, ses lives remontent la pente depuis 2-3 ans. Ce DVD est objectivement son meilleur depuis le Space of Hip-Hop Tour, ce qui n’est pas rien. Reste à souhaiter que l’artiste continue sur cette pente ascendante et rééquilibre un peu plus ses prestations dans des tournées aux ambitions plus qualitatives et moins quantitatives. Assez vite si possible, parce que mine de rien Namie vieillit, et je la vois mal continuer son cinéma pendant 10 ans de plus…

Vous pouvez commander le DVD sur CDJapan et Yesasia

Partagez et article avec vos amis !