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Critique album : Cocco – EMERALD

5 octobre 2010 6 Commentaires

Je vous parlais il y a quelques mois du single NIRAI KANAI de Cocco, lequel sortait en pleine polémique sur les bases militaires américaines à Okinawa avec à la clé la démission du premier ministre de l’époque. Depuis, Cocco nous a gratifiés d’un nouvel album, le premier en trois ans, dont je m’étais promis de parler un peu ici.

Pour la présentation de l’artiste, je vous invite à vous reporter sur mon post précédent. Intitulé EMERALD, ce nouvel opus de Cocco est sorti le 11 août dernier, et s’est contenté de moins de 40.000 exemplaires vendus, de loin la pire performance statistique de son histoire. Qu’importe, l’artiste n’a pas franchement besoin d’exploser les charts ni pour écouler ses places de concert, ni pour mériter son statut de grande dame de la scène rock nippone. Et pour cause : en auteur-compositeur-interprète engagée, elle nous livre ici un album une nouvelle fois d’une très grande qualité, très personnel, qui explore encore un peu plus, comme on le pressentait, ses origines d’Okinawa.

Premier bon point au catalogue : cet album est on ne peut plus varié, tant dans les styles musicaux abordés que dans les orchestrations et les ambiances sonores choisies. Jugez plutôt : on passe joyeusement de la pop dans sa plus pure expression avec Karahai et Nobara au rock punk/garage old school et low budget dans Atarashii Uta, en passant par une valse à trois temps avec Light Up et un autre exercice ternaire acoustique sur Crocus, de la folk pur jus pour 4×4, du pop rock à la nippone avec Spring Around et Stardust, du hip-hop ethnique pour Mimura Elegy, ou encore du rock alternatif avec Chou no Mau ! Le tout reste pourtant complètement empreint de la touche personnelle de Cocco, notamment incarnée par cette voix au timbre reconnaissable entre mille par sa résonance et ses accents shima-uta, qui explore toutefois plus de nuances et joue également un peu plus avec son potentiel de puissance qu’à l’accoutumée.

Au delà de cette diversification des genres qui revêt déjà un intérêt artistique certain, l’efficacité n’est pas en reste, et au fil des écoutes les morceaux sont de plus en plus nombreux à dévoiler leurs charmes, même si ceux qui sortent les premiers du lot ont tendance à être ceux qui se reposent le plus sur les fondamentaux de l’artiste : Hari no hana, une ballade mid tempo aux accents oniriques, le fameux Chou no Mau cité ci-dessus avec son aspect roots très appréciable, ou encore Stardust, probablement la piste la plus « Jpop » du lot dans l’esprit, tout en restant très originale.

Mais ce qui constitue, évidemment, le principal atout du disque, c’est bien sûr les nombreuses influences insulaires qui parsèment le disque. On le sait, Cocco s’engage de plus en plus pour la reconnaissance et la préservation de la culture de l’archipel de Ryu Kyu, dont elle est originaire. Et si NIRAI KANAI, présent sur l’album, avait déjà fait très fort dans le genre mariage entre sonorités modernes et éléments traditionnels, d’autres titres tout aussi convaincants reprennent le flambeau. A commencer (ou plutôt à finir, si l’on s’en tient à l’ordre de la tracklist) par Kinuzure ~Shima Kotoba~, auto-reprise dont les paroles ont été réécrites en dialecte d’Okinawa, et qui constitue une excellente synthèse de la compo-type de Cocco : guitares électriques lourdes et résonnantes dans le lointain, rythmique répétitive  martelée à la batterie qui insuffle une certaine dramaturgie renforcée par des notes de piano déversées comme autant de larmes sur la partition, mélismes et décrochés, échos et tout le tralala, le tout franchement réussi. Egalement excellente dans ce registre, avec des aranagements un peu plus electro-acoustiques, la chanson Mimura Elegy, l’une de mes préférées sur le CD. Mais le morceau qui m’aura le plus séduit reste toutefois le magistral Juusan Yoru, une chanson aux paroles poétiques très minimalistes dépeignant une scène tragique d’introspection lors d’un soir humide de pleine lune. Cette piste a absolument tout pour elle, et ses qualités sont magnifiées par une exploitation très inventive du format radio standard couplet/pont/refrain dont l’efficacité reste inégalée. Au programme : intro synthétique sur un beat aux relents RnB, débouchant sur des couplets toujours scandés mais virant déjà plus sur le pop-rock, couplets hantés par des vocalises aux accents ethniques qui annoncent le refrain, et quel refrain ! Le climax est en effet porté par une ritournelle issue d’une comptine traditionnelle d’Okinawa dont l’innocence enfantine originelle tranche radicalement avec l’atmosphère quasi-apocalyptique qui se dégage de l’accompagnement, le chant prenant des airs mystiques avec une bonne dose de surround sur un background rock très sombre à la batterie très marquée. Le résultat est tout simplement hypnotique et donne la chair de poule, à n’en pas douter l’un des meilleurs titres de la discographie pourtant très riche de Cocco.

Je ne peux que me répéter : bien qu’elle ne soit pas une figure de proue commerciale et ultra-bankable comme en réclament les fans de culture japonaise qui se lancent, toujours plus nombreux, dans une découverte de la scène musicale nippone toujours plus superficielle, Cocco est à n’en pas douter l’un des plus grands talents du marché, et l’un des meilleurs choix possibles pour qui souhaite approfondir un peu plus son exploration vers des choses plus qualitatives. Avec ce nouvel album, elle confirme sa tendance à s’affranchir des impératifs commerciaux pour mettre à la place un peu plus d’elle-même dans ses compositions, au fur et à mesure qu’elle se découvre et qu’elle met le doigt sur ses causes et ses thèmes de prédilection. Je vous recommande donc chaudement cette galette, qui permettra en plus aux plus jeunes d’entre vous de se vanter auprès de leurs amis : car avoir du Cocco dans sa discographie, c’est assurément faire un grand pas vers le droit de proclamer que vous y connaissez vraiment quelque chose en matière de musique japonaise !

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1 étoile2 étoiles3 étoiles4 étoiles5 étoiles (2 notes, moyenne : 5,00 sur 5)
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6 Commentaires »

  • Les tweets qui mentionnent Critique album : Cocco – EMERALD | www.leblogjpop.fr | Chroniques -- Topsy.com a dit :

    [...] Ce billet était mentionné sur Twitter par Marie , Kévin Petrement. Kévin Petrement a dit: https://www.leblogjpop.fr/810/critique-album-cocco-emerald/ Critique du dernier album de #Cocco, EMERALD [...]

    • Van a dit :

      J’ai bien aimé cet album lors de sa sortie. Cocco c’est toujours aussi fun et synpathique, ça fait du bien des fois.

      • balsa a dit :

        Oui, un très bon album et très varié comme tu l’as dit. Ma préférée est la plage 8 (十三夜 – JUUSANYA) qui offre un mixage de voix superbe.
        C’est vraiment grâce à toi que je l’ai découverte et j’adore. Personnage très attachant aussi, j’ai récup sur eBay le DVD Heaven’s Hell sur sa campagne écolo à Okinawa en 2003, émouvant et épatant :)

        • Noyara a dit :

          J’avais adoré Nirai Kanai à sa sortie et cette critique me donne définitivement envie de me procurer cet album. Dès que j’aurais de l’argent.

          • Nats a dit :

            Un très bon album en effet, même si Kira Kira reste pour l’instant mon favori.

            Cocco a relevé le niveau avec cet album après son désastreux Cocco-san no Daidokoro !

            • balsa a dit :

              bah c’était qu’un 4 titres non? un minuscule couac (et encore) sur une très bonne discographie

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