Sacrilège !

Boudiou j’étais complètement passé à côté de cette news, qui n’est pourtant pas anodine : le nouvel album du rappeur SoulJa, dont la tracklist comporte une bonne dose de featurings, comprend notamment une reprise du légendaire Gekkou de Chihiro Onitsuka, en duo avec celle-ci. Le résultat ? Une infâmie !

SoulJa - Letters

Petit retour en arrière pour les plus jeunes d’entre vous. En août 2000, la jeune chanteuse Chihiro Onitsuka sort Gekkou, son deuxième single, une ballade majestueuse dominée par le piano où l’artiste fait la démonstration d’une puissance vocale exceptionnelle et d’un incroyable talent d’interprète, excellant dans le registre de la dramaturgie. Le disque entre à la 30ème place de l’Oricon, mais son utilisation en tant que thème du drama TRICK va en faire « un long hit » : mi-septembre, Chihiro apparaît dans le dernier épisode du feuilleton où elle interprète sa chanson dans les conditions du live : Gekkou remonte alors le top Oricon jusqu’à atteindre la 11ème position, et après 38 semaines de présence dans le classement ce sont au total plus de 560.000 exemplaires qui seront écoulés du single. Quelques mois plus tard, le premier album de Chihiro porté par cette chanson explose la barre du million d’exemplaires vendus, consacrant la chanteuse comme l’un des plus grands espoirs du nouveau millénaire, et marquant le début d’une carrière aussi prestigieuse que mouvementée, tandis que la chanson Gekkou accède au rang de grand classique du patrimoine de la pop japonaise.

Dix ans plus tard, le rappeur SoulJa révélé il y a quelques années par ses productions pour Thelma Aoyama propose à cette même Chihiro Onitsuka, laquelle est revenue plusieurs fois d’entre les morts pour finir dans la même maison de disques que lui, de travailler sur une nouvelle version de Gekkou. Toujours tentée par le démon des expérimentations morbides, la chanteuse accepte cette proposition, et va même, manifestement, jusqu’à réenregistrer le titre en dépit de difficultés vocales qui lui mettent depuis quelques temps de sérieux bâtons dans les roues lorsqu’il s’agit de reprendre ses vieux tubes. Là dessus SoulJa se pointe avec ses éternels soft raps sucés et resucés qui finissent par tenir de la pure auto-caricature, qu’il pose sur le morceau avec une boîte à rythme discount débitant une rengaine R&B entendue environ 484 fois sur la production Jpop de l’année 2009 (dont la moitié sur la seule discographie de Spontania), et un piano synthétique d’occasion qui « réarrange » la mélodie d’origine en une espèce de soupe tout juste bonne à figurer sur une face B de single de Miliyah Kato. Et voilà comment Chihiro Onitsuka se retrouve reléguée au niveau d’une vulgaire Thelma Aoyama, et comment l’un des plus grands chefs d’oeuvre de la production Jpop de la décennie se fait mutiler à coups de serpillère trempée dans une cuve de diarrhée de jument. Honteux, tout simplement.

Et de constater que Chihiro n’a d’ailleurs pas trop l’air d’assumer sa connerie, puisqu’elle n’apparaît même pas dans le clip promotionnel du titre.

Si toutefois cette mauvaise expérience ne vous a pas dissuadé de vous pencher sur le nouvel album de SoulJa, dont les productions ne sont fort heureusement pas toujours aussi navrantes, sachez que le disque intitulé Letters est sorti hier et bien sûr disponible sur sur CDJapan et Yesasia. A choisir, je vous conseillerais plutôt le dernier best-of en date, excellent pour sa part, de Chihiro Onitsuka.

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