Critique single : Namie Amuro – NAKED / Tempest / Fight Together

Du haut de ses bientôt 34 ans, Namie Amuro continue de bousculer toutes les constantes du marché de l’entertainment nippon. C’est la seule fashion leader dont le style n’a pas évolué en 10 ans. La seule idol à avoir réussi un retour en force après avoir subi les affres de la péremption lorsque l’heure de son 25ème anniversaire a sonné. Quelle quiétude tout de même : loin de toute pression, Namie fait royalement ce qu’elle veut, et c’est peut-être bien en ça qu’elle reste une reine de la pop. Vous en connaissez d’autres vous, des popstars qui sortent un single par an, un album tous les deux ans, avec des ventes plus que satisfaisantes sans aucun effort personnel sur la promo ? Des artistes qui restent au top de leur popularité sans échanger un mot avec leurs fans en concert, sans tenir de blog, sans compte twitter, rien ? Des artistes qui réussissent à enchaîner entre 40 voire 60 dates de concert par an tout en jouant pleinement leur rôle de mère de famille modèle ? Reste qu’il ne faudrait pas que la grande bosseuse qu’elle fut à l’époque de son retour en force se complaise un peu trop dans son petit confort, et c’est un peu l’impression qu’elle me donne ces derniers temps…

Namie Amuro - NAKED

Un an après Break it / Get Myself Back, et plus étonnant quelques mois seulement après une compil de collaborations qui contenait tout de même son lot d’inédits, le single annuel 2011 de Namie Amuro est donc un triple A-side : NAKED / Fight Together / Tempest, qui adopte un peu la même recette que l’an passé. A savoir un combo entre une piste dansante énergique et un morceau plus calme, le tableau étant ici complété par un générique d’anime à vocation purement commerciale (bien qu’on ne doute pas une seconde de la motivation qu’a pu avoir à Namie à livrer cette chanson, en grande fan de One Piece qu’elle est de longue date).

On commence par NAKED, une piste electro-dance signée par Shinichi Osawa, l’un des DJ et producteurs les plus en vue de l’archipel qui avait déjà signé l’excellente refonte de WHAT A FEELING et l’emblématique Rock U de ravex qui avait révélé tout son potentiel en live lors de la dernière tournée. Il s’agit probablement ici du morceau le plus électronique de Namie Amuro, qui nous a habitués ces dernières années à un mélange des genres pour le coup pas du tout d’actualité ici. Le résultat reste formaté radio, mais assume complètement ses origines club et se préoccupe assez peu de toute recherche de consensus commercial. La composition est très minimaliste avec une une boucle de 4 fois la même note et un beat léger vaguement agrémentés par la suite sur les couplets, et quelque chose du même ordre qui s’accélère et s’intensifie un peu sur les refrains. C’est plutôt réussi dans le genre, Namie fait très bien le boulot, mais de là à dire que le résultat est porteur et vaut d’être la chanson-phare du premier single inédit en un an, il y a quand même un pas, sinon deux ou trois… D’autant que le clip est un peu pauvre et la chorégraphie pas d’un intérêt fulgurant. Reste qu’en live, avec des arrangements un poil enrichis ça pourrait vraiment valoir son pesant de cacahuètes.

On le sait, Namie n’est pas très à l’aise avec les ballades : c’est un genre qui l’angoisse beaucoup, parce qu’elle n’a pas une grande confiance en ses capacités vocales (lesquelles se sont pourtant fortement améliorées ces dernières annnées). Figurez-vous que sa dernière vraie ballade sortie en single date de 2004 : c’était All for you. Depuis l’artiste n’a mis en avant hors albums que des morceaux relativement rythmés, ou en tout cas taillés pour le live sous forme de tableau chorégraphié ou non. Mais le verdict du public reste sans appel : les principaux succès populaires de ces dernières années restent les titres midtempo, à l’image de Baby don’t cry, White Light et Get Myself Back, ou les rarissimes ballades, comme par exemple the Meaning of us qui a fait son petit effet à la sortie de Past < Future. Du coup Namie a pris sur elle, bossé dur, et commence à s’assumer. Voici donc, 7 ans après, une nouvelle ballade fleuve en single, intitulée Tempest, qui plus est générique d’un feuilleton bien dramatique histoire d’en rajouter un peu plus dans le pathos. Pour rester en confiance, la chanteuse a fait appel à son compositeur fétiche, Nao’ymt. Sauf que comme je le répète depuis maintenant trop longtemps, le-dit Nao’ymt est usé jusqu’à la corde, et la proportion de titres probants qu’il propose à la chanteuse, tous genres confondus, est en chute libre. Verdict sur Tempest ? Une longue, très longue dégeulade monocorde et tout en puissance, au refrain répétitif au possible, un disque rayé posé sur un tourne-disques qui n’a presque plus de pile. La mélodie comme l’interprétation sont complètement dénuées de nuances, et donc très, très agaçantes, un peu comme le rendu de Baby don’t cry sur le dernier DVD live en date, la légèreté de la compo en moins. Quant aux arrangements, qui se veulent d’abord minimalistes avant de donner dans l’orchestral discount, ils tombent dans la mièvrerie la plus totale avec des nappes de synthés Bontempi imbuvables, un piano électrique loué à l’heure à la pauvre KOKIA qui avait besoin d’argent, et une petite flûte pour essayer de faire classe… Il est plus que tempsque la chanteuse renouvelle un peu son viver de collaborateurs, et qu’elle se rende compte aussi qu’en dépit de ses flagrants progrès vocaux, elle ne peut pas tout chanter…

Reste Fight Together, générique de l’anime One Piece et conçu comme tel : il n’y avait donc, logiquement, pas grand chose à en attendre. On a droit à un morceau pop au beat dansant, une espèce de version un peu prout-prout vitaminée et à l’interprétation enjouée de l’excellent Come qui avait servi de thème à l’anime Inu Yasha en son temps. Namie qui chante pour un de ses animes préférés et parmi les plus populaires du paysage audiovisuel nippon : voilà qui aurait pu faire grand bruit. Et pourtant le retentissement de cette collaboration est sacrément limité, ce qui pour le coup en dit long sur la portée de la chanson, aussi anecodtique en tant que single de Namie qu’en tant que générique d’anime. La compo et les arrangements puaient les fonds de tiroir de Nao’ymt, et un coup d’oeil dans les crédits du disque confirment cette funeste prévision…

Au final, un single qui tente de faire cohabiter l’audace avec les recettes commerciales ayant fait leur preuve, mais dans les deux cas sans grande réussite : NAKED manque d’ambition et d’efficacité, en tout cas dans sa version studio; quant aux deux autres titres, ils s’avèrent au mieux insipides, voire carrément non comestibles. Allez Namie, il va falloir faire mieux que ça la prochaine fois hein… Une prochaine fois qui ne va peut-être pas se faire attendre très longtemps puisque deux nouveaux morceaux, intitulés HIGHER et Arigatou, sont d’ores et déjà inclus dans la setlist des concerts de la tournée en cours.

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