Critique album : Ayumi Hamasaki – Rock’n'Roll Circus

C’est une tradition maintenant, après avoir été longtemps le premier sur pas mal de choses, je suis désormais bon dernier ! Mais comme quand je fais quelque chose, je le fais à fond, ce n’est pas encore aujourd’hui que vous aurez mon live report du concert d’Utada. Celui-ci se fera encore attendre un peu, au profit d’un retour sur le dernier album d’Ayumi Hamasaki, Rock’n'Roll Circus. Précision toutefois : cette chronique est à réserver aux fans, les autres risquent fort de ne pas se sentir très concernés !

Ayumi Hamasaki - Rock'n'Roll Circus

Je vais commencer par rappeler, et la précision est importante pour la suite, que j’avais plutôt bien aimé NEXT LEVEL, l’opus précédent d’Ayu. Un album que je trouvais cohérent, intelligent en cela qu’il surfait plutôt bien sur la mode du moment et rafraichissait un chouilla la discographie d’Ayu, bien qu’il n’arrivât pas à la cheville de ses 4 premiers CDs, c’est évident. A l’inverse, beaucoup de fans de l’artiste s’étaient montrés déçus du virage electro un peu facile pris par la chanteuse à l’époque, et attendaient donc son nouvel album avec d’autant plus d’impatience qu’ils étaient restés sur une certaine frustration.

Ayu et ses fans

Aaaah, les fans… Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’attente leur a donné des ailes. L’attente, et bien sûr la première récompense qui a suivi, à savoir une visite mémorable d’Ayu à Londres. Comme pour Paris quelques mois plus tôt, nombreux sont ceux qui ont fait le déplacement dans l’espoir d’apercevoir leur idole, et le fait est qu’ils ont été bien servis ! Via le forum d’AyuAngel, redevenu un temps le site Jpop le plus visité de France ou presque, les récits de rencontre, photos et autres vidéos ont rapidement pullulé sur le net. CeReS n’a pas manqué de nous livrer ses impressions avec moult détails dégoulinant d’émotion, à faire passer le dernier Marc Levy (ou plutôt l’avant-dernier) pour un scénario yakuza de Kitano; Rom_F a ruiné en quelques heures sa réserve de boxers propres et condamné sa moitié à 10 jours de masturbation forcée pour cause de panne sèche; quant à Mokona et Lily, elles n’ont plus d’amies depuis qu’elles ont juré de ne plus se laver, après le free hug dont elles ont été gratifiées par la popstar.

N’allez pas croire que je me moque, il n’en est rien ! Au contraire, je l’ai dit et le répète, ça fait incroyablement plaisir de voir une communauté de fans aussi passionnés, aussi organisés, avec une aussi bonne entente. Et je ne peux que me réjouir de les voir ainsi récompensés de leur fidélité. Il faut dire qu’Ayu se montre généreuse, accessible, et sait gâter ses fans, tant elle s’est montrée disponible et sympathique. Et puis voyons les choses du bon côté : l’arrivée de l’artiste sur twitter a même incité quelques frenchies par très doués à bosser un peu leur anglais, ce qui avouons-le n’était pas du luxe ! Reste qu’il y en a une qu’il faudrait décorer de la médaille du mérite : la pauvre Linza, dont le dévouement sacrificiel tient de la bonté divine. Depuis son site, voilà deux fois qu’elle coordonne les péripéties des fans qu’elle guide jusqu’au Saint Graal hamasakien, sans pouvoir prendre elle-même part aux réjouissances. Moi je dis, ça mériterait presque que tous ces fans qui lui doivent tant se cotisent pour lui offrir une heure en backstage au final de la prochaine tournée japonaise d’Ayu… Je dis ça, je dis rien…

Retour au sujet, tout de même

Ayumi Hamasaki - Rock'n'Roll Circus

Trêve de bavardage, venons en au CD. Tout amateur de Jpop qui a une vague expérience des albums d’Ayu aura vite compris qu’il ne fallait pas espérer de cette galette, en dépit de son titre, qu’il ait quoi que ce soit de Rock’n'Roll, ni sur un plan musical, ni dans l’esprit. Même les fans purs et durs, ceux là même qui qualifiaient GAME et Because of You de hard-rock (sic), l’avaient compris, c’est dire. Non clairement, Rock’n'Roll Circus est à peine plus  rock’n'roll que le 105ème anniversaire de mon arrière-arrière-grand-mère, alors n’allez pas vous tourner des films. Pour le cirque aussi on repassera, le titre du CD n’est définitivement qu’une énième manifestation du délire londonien d’Ayu, en l’occurrence ici un hommage aux Rolling Stones. Côté photoshoot, la team d’Ayu a encore une fois fait preuve d’un mauvais goût épouvantable, en choisissant les photos les plus halieutiques du lot pour la jaquette du CD. C’est le grand retour des yeux globuleux et de l’hyper-photoshoppage, bien dommage dans la mesure où la charte graphique en elle-même est plutôt chouette et où les photos du livret étaient bien plus réussies. La prochaine fois, il faudra proposer à Ayu de mettre la tronche de ses fans en couverture de son CD, certains ayant particulièrement bien arrangé leur autoportrait au tatouage Rock’n'Roll Circus sur la joue. Un cadeau à ses supporters qui leur coûtera sans doute moins cher qu’une édition limitée avec mug qui a ruiné plus d’un parent d’enfant gâté en frais de port…

Sur le plan musical, point de virage rock’n'roll donc, et en fait point de virage du tout. Certains diront sans doute que l’artiste a fait un effort pour se débarrasser de son vibrato caricatural, un peu plus fait chiader ses arrangements qu’à l’accoutumée, que l’album est mieux produit… Vous comprenez, le CD a été enregistré à Londres, mais ouiiii Loooondres quoiiiii, la capitale mondiale de la musiiiiiiqueuh ! Allez je vous l’accorde, c’est pas complètement faux… pour les interludes. Cordes et orgue sur montage, synths techno sur Jump! sortent un peu des sonorités ordinaires auxquelles nous ont abonné les différents collaborateurs d’Ayu. Mais pour ce qui est des chansons en elle-même, on ne peut pas dire que le « London effect » soit spectaculaire.  Ce n’est pas parce qu’une sauce est réalisée à partir d’ingrédients bio dans une casserole à triple fond céramique qu’elle aura bon goût. Encore faut-il pour cela que les produits choisis aillent bien ensemble, que le chef ait un bon tour de main, et surtout que l’assaisonnement soit tip top. Sans quoi, le résultat sera une sauce certes techniquement bien au dessus du lot, mais fadasse. Et le fait est qu’en dépit du meilleur matériel et des techniciens les plus compétents, cet album est globalement fadasse. Même pas grandiloquent pour autant, non, juste fadasse.

Ayumi Hamasaki - Rock'n'Roll Circus

Sunset ? Une énième ballade sans saveur. Microphone ? J’avoue ne pas comprendre la déferlante d’hormones et de voyelles multiples qui a accompagné la divulgation de ce morceau, qui pour moi n’est qu’une synthèse froide de toutes les chansons « rock » de la discographie d’Ayu qu’on aurait passés au shaker pour en sortir un produit tout neuf. BALLAD ? Pour le coup complètement grandiloquente et complètement surfaite. Sunrise ? Sans doute la chanson d’Ayu la plus insupportable juste après l’indétrônable Beautiful Fighters. meaning of love ? Une tentative de revival des premières ballades de la chanteuse, sur une recette malheureusement défraichie qui n’excite plus franchement. Et You were ? Comme je l’avais dit à l’époque de la sortie single, une excellente ballade hivernale à la mode 2003, qui aurait sans doute fait mouche en 2003, sauf qu’on n’est plus en 2003, ni même en 2004, ni même en 2005, ni même en 2006, ni même en 2007, ni même en 2008, ni même en 2009, pfiou, encore un peu et on remontait à une époque où la télé-réalité n’existait pas encore, vous imaginez, c’est carrément la préhistoire !

Alors bien sûr tout n’est pas à jeter. count down a le mérite de proposer des couplets bien moins inintéressants que d’habitude avec un bon combo piano/batterie, et son refrain n’invente certes rien mais réjouit par la sobriété de sa teinte « rock » assez sombre. Don’t look back fait office de bonne piste de remplissage dans un registre synthético-arabisant. Last Links est une bonne surprise, ce n’est pas souvent qu’Ayu nous pond un morceau à l’accompagnement simili-acoustique; reste que ce qui est une exception chez Ayu sonne comme 80% de la production jpop made by Sony, ce qui n’est clairement pas gage d’une grande originalité. Contrairement à une bonne partie des fans, j’ai plutôt bien aimé Lady Dynamite, aux sonorités electro qui instaurent une ambiance pop-club aguicheuse accentuée par les paroles et son clip cuir/queer. Un autre bon point pour le côté décalé de Sexy Little Things, ses sonorités 16 bits et son ambiance féminine et coquine; là encore, ce n’est pas la piste entraînante qu’on pourrait espérer d’Ayu, mais au moins c’est bien, même très bien fichu. Ca fait tout de même quelques sources de satisfaction tout cela, mais au final rien de réellement transcendant. Mon seul vrai coup de coeur sur le CD va à un morceau on ne peut plus classique, à savoir le collégial RED LINE, un vrai pur produit pop-rock qui transpire la positive attitude sans tomber dans la mièvrerie, une chanson de fin de concert qui rappelle les plus belles heures de la chanteuse et fait se lever un grand vent de nostalgie…

Pour le reste, vous me permettrez de passer sur les clips, car j’avoue que pas un n’a retenu mon attention, si ce n’est pour les inspirations gaga-esques de plus en plus évidentes dans les costumes, mais qu’on ne saura reprocher à Ayu dans la mesure où le monde entier suit le même chemin….

Conclusion ?

Au final, je n’irai pas dire que l’album m’a déçu, puisque je n’en attendais rien; comme je le répète depuis plusieurs années, Ayu n’est guère plus capable aujourd’hui que de quelques bonnes surprises au milieu d’un tout venant certes bien mieux produit que la moyenne, mais dépourvu du charisme et de la personnalité qui avaient fait de moi un fan de la première heure. Et si ce Rock’n'Roll Circus a bonne réputation, ce n’est pas du fait de la critique, et encore moins de ses résultats au top Oricon. Non non, cette bonne réputation, il ne la doit qu’aux fans, encore eux. Et c’est d’ailleurs la grande leçon à tirer de ce début d’année 2010 : Ayu n’existe aujourd’hui guère plus que par son noyau de fans. Les media se sont désintéressés depuis longtemps de ses travaux, et ce sont les fans qui, en faisant beaucoup plus de bruit que n’importe quels autres, réussissent à faire croire que l’artiste est encore une grande star de la Jpop. Mon avis, c’est qu’Ayu a bien de la chance de les avoir, et que ses différentes attentions récentes à leur encontre sont le signe évident qu’avex a bien pris conscience de la situation : Ayu doit impérativement nourrir sa fanbase, car elle est tout ce qui lui reste, et à ce jour aucune autre artiste n’est parvenue à prendre le relai de manière réellement satisfaisante… à l’exception d’une Namie Amuro bien trop têtue et indépendante (qui a dit asociale ?) pour assurer sur le terrain du quantitatif. Le bon côté de la chose, c’est que les supporters d’Ayu peuvent se réjouir : leur fidélité paye, et peu nombreux sont les artistes dont les fans sont logés à la même enseigne. De quoi assurer, sans nulle doute, une certaine clémence de leur part à l’égard d’un album à peine correct, que beaucoup ont d’ailleurs déjà oublié si l’on en croit les nombreuses videos de l’époque 2000-2005 qui refont surface ces derniers temps sur Facebook…

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