HIMEKA frappée de plein fouet par la dure réalité du marché japonais

Vous avez probablement tous entendu parler de HIMEKA, alias Catherine Saint-Onge, fan québécoise (et donc francophone) d’anime. HIMEKA a remporté en 2008 une audition qui lui vaut aujourd’hui un début de carrière de chanteuse de génériques. Après un premier single en mai qui s’est offert une place dans le top30 à l’Oricon, un deuxième sort cette semaine. Je ne vais pas m’attarder ici sur l’aspect artistique du produit, ce sont des génériques tout ce qu’il y a de plus standards, elle les fait très bien, pas grand chose à en dire. Plus intéressant par contre est son parcours, véritable cliché de la grande claque dans la gueule que reçoivent bon nombre de migrants mal préparés. Quand le rêve du Japon devient cauchemar…

HIMEKA

L’histoire d’HIMEKA c’est d’abord celle d’une passion, similaire à celle qui anime bon nombre de fans de jpop, si ce n’est que grâce à un talent certain et à une détermination peu commune, la jeune fille passionnée a su se donner les moyens de ses ambitions. Après avoir écumé les concours de karaoke sur le web et dans les conventions nord américaines, Catherine décide de s’envoler pour le Japon, un simple visa de travail en poche. Elle accumule les petits jobs qui lui permettent à peine de joindre les deux bouts, tout en enchainant les auditions et concours dans l’archipel. En marge de cela, elle raconte son expérience sur son blog, où l’on peut constater qu’elle passe par les mêmes états que tous les expatriés ou amis d’expatriés au Japon connaissent : l’euphorie du rêve qui se réalise et des innombrables possibilités, puis l’épuisement dû au manque de repères, à la barrière de la langue, au manque des proches et aux différences culturelles, une certaine forme d’intégration dans un train-tran quotidien très chargé qui laisse peu de temps pour réfléchir, et puis l’angoisse de l’approche du départ, quelle qu’en soit la raison, avec le sentiment d’inachevé qui va avec. Sauf qu’au moment où tout semblait ne pas pouvoir aller plus mal, les efforts de Catherine étaient enfin récompensés : en remportant l’Animax Anison Grand Prix, elle signe pour un générique d’anime et réalise donc son plus grand rêve : devenir chanteuse au Japon.

Pourtant les difficultés sont loin d’être terminées. Un générique, ce n’est pas un contrat d’artiste avec un salaire régulier, et la situation matérielle de Catherine n’est donc pas arrangée pour autant. En tractation avec Sony depuis de longs mois, la jeune artiste déclarait que des divergences de point de vue sérieuses rendent compliqué l’établissement d’un accord pour un éventuel contrat. Pourtant suite à sa victoire et quelques mois plus tard, c’est bien avec Sony que signe Catherine, rebaptisée HIMEKA. Il fait assez peu de doutes que ce n’est pas Sony qui a cédé sur les points litigieux… Quoi qu’il en soit on assiste alors à un retour à l’euphorie bien compréhensible : enregistrement studio du générique concerné, tournage d’un clip, interviews, séances photo et déplacements promotionnels sont un quotidien bien plus enthousiasmant que celui de la course aux baito et aux auditions. Reste que ce n’est pas le grand luxe pour autant : ravie d’être invitée à déménager, HIMEKA déchante un peu en découvrant le clapier dans lequel elle va désormais vivre, avec des meubles récupérés de la réserve personnelle inutilisée de son manager et une chauffeuse tout ce qu’il y a de plus inconfortable en guise de lit…

HIMEKA

Le single sort, la médiatisation s’intensifie, et la réalité du marché frappe alors HIMEKA de front. L’accueil que lui réservent les media est à mi-chemin entre la curiosité malsaine et l’admiration. On n’évite en tout cas pas l’effet phénomène de foire, capable d’embrayer par coeur et a capella sur n’importe quel générique choisi au hasard dans une liste. Fort heureusement le niveau de japonais déjà décent de l’artiste lui évite des situations aussi ridicules que celles dans lesquelles s’est mise Leah Dizon en son temps, d’autant qu’elle a aussi le mérite de savoir effectivement chanter… L’accueil du public est par contre plus compliqué à gérer, et si très vite elle peut compter sur le soutien de fans dévoués, HIMEKA a bien du mal à faire face aux critiques parfois cruelles auxquelles elle doit aussi faire face sur les forums nippons, les bbs de 2ch et livedoor en tête. La fatigue et le stress, un profond manque de confiance en soi, ainsi sans doute qu’une certaine solitude dans un entourage probablement quasi-réduit à son seul staff, achèvent de créer les conditions d’un cercle vicieux désastreux qui conduit la chanteuse à enchaîner les contre-performances : oublis de paroles, fausses notes et essoufflement ne sont plus une hantise mais un réel problème à combattre au quotidien.

Ca n’étonne donc pas grand monde lorsque début octobre dernier, HIMEKA pétait littéralement les plombs dans un billet témoignant d’une sérieuse dépression nerveuse, où elle se qualifiait de moins que rien incapable et se lamentait sur le regard plein de pitié de son entourage professionnel. Depuis d’autres posts plus enthousiastes ont succédé à ce message, avec l’annonce de la sortie du second single. Mais à nouveau, le yoyo la conduit dans les bas fonds : cette semaine, HIMEKA a ainsi publié un sobre mais poignant message d’excuses. L’explication est donnée sur divers forums japonais et reprise sur Jpopmusic : invitée à chanter lors d’un évènement destiné à être diffusé à la télévision, l’artiste aurait oublié à plusieurs reprises les paroles de son premier titre et enchaîné les fausses notes, avant de s’enfuir sans même revenir interpréter le deuxième… Autant dire que son staff doit être sacrément à cran quant aux nombreuses prestations live prévues pour la promo du single de cette semaine…

HIMEKA

J’avoue que pour ma part j’ai une certaine sympathie pour cette fille, et que je suis donc franchement désolé de ce qui lui arrive. Il va sans dire que tout cela était plus que prévisible, et que quelqu’un d’un minimum informé, avec un minimum de recul, se serait attendu à ce que les choses se passent de cette façon… Mais HIMEKA est avant tout une passionnée, qui après avoir tout donné pour vivre son rêve finit par se rendre compte que sa concrétisation relève du cauchemar. En tant que passionné moi-même, j’ai moi aussi connu plus jeune le rêve d’un Japon qui aujourd’hui ne m’attire plus de la même façon, et j’avoue que j’éprouve donc une certaine compassion à son égard. D’autant que pour l’avoir fréquentée de loin sur divers forums orientés karaoke, je peux attester du fait que Catherine semblait être quelqu’un de très sympathique, avec la tête sur les épaules. Mieux que moi, ceux qui ont connu les séismes émotionnels de l’expatriation dans l’archipel pourront comprendre la complexité de ce qu’elle vit, le rêve du Japon et celui d’une carrière de chanteuse de générique aboutissant à un double retour de flamme… Reste à espérer pour elle que les choses s’arrangeront quand le temps aura fait son oeuvre de résignation, ou bien que ses proches sauront réagir à temps aux différentes sonnettes d’alarme qui se succèdent depuis quelques mois…

En attendant pour ceux qui veulent soutenir HIMEKA, ses deux singles sont disponibles sur CDJapan et Yesasia.

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