Live report : L’Arc~en~Ciel au Zénith de Paris (14-04-2012)

L’Arc~en~Ciel faisait, quatre ans après son premier passage, son retour au Zénith de Paris il y a une quinzaine de jours à l’occasion de la tournée mondiale célébrant le 20ème anniversaire du groupe. L’incertitude était grande sur le taux de remplissage de la salle; une inquiétude née d’un effort promotionnel surprenant à l’approche de l’évènement et d’une distribution encore plus étonnante d’invitations et interviews de dernière minute aux media de tous bords. Mais avec pas moins de 4600 spectateurs recensés, la France a plutôt fait honneur à Laruku en lui présentant une salle visuellement bien pleine (les gradins les plus élevés tout de même cachés par un rideau noir), et bien évidemment remontée à bloc.

Le challenge était particulièrement ardu : être à la hauteur de ce qui fut, de mémoire de fan, l’un des meilleurs sinon le meilleur concert J-music jamais organisé en France, ce n’était pas gagné ! Il faut dire aussi que le contexte n’a plus grand chose à voir, tant pour le groupe que son public. Force est de constater que le marché (de niche certes, mais marché tout de même) de la J-music en France s’est fortement affaibli depuis 2008, la faute essentiellement à la frilosité des Japonais dans leur exportation, et à la montée en puissance de l’industrie coréenne moins protectionniste et aux méthodes plus virales. Preuve de cette perte de vitesse : les fans ne se sont pas mobilisés en masse pour faire la queue toute la journée. En arrivant moins de 2h à l’avance, je me suis retrouvé bien plus près de l’entrée du Zénith dans la file d’attente qu’en 2008 où j’étais pourtant arrivé quatre heures plus tôt. De son côté, Laruku ne débarque plus avec le même état d’esprit non plus : si le Zénith 2008 fut un rendez-vous majeur de la carrière de l’Arc en tant que première vraie scène du quatuor en occident, il était légitime de craindre que le retour en 2012, quelques jours après un passage à Londres et surtout une sortie spectaculaire au Madison Square Garden de New York, n’aurait pas la même saveur, n’engendrerait ni le même trac, ni le même soulagement, ni le même plaisir dans la découverte mutuelle du groupe et son public.

La minute fashion police

S’il n’y a pas grand chose à dire sur les looks de ken, tetsuya et Yukki, égaux à eux-même, hyde en revanche a connu des périodes plus inspirées. Pas tant sur le plan vestimentaire que sur le plan capillaire d’ailleurs : ses rajouts tressés lui ont ainsi valu le commentaire équivoque de « poulpe sur la tête » par ma camarade Kiki, dont je n’égalerai sans doute jamais le sens de la formule ! Et que dire de cet abominable chapeau nénuphar aux larges bords, qui allait sans doute très bien à Namie Amuro dans les pages mode des magazines féminins à l’été 2005, mais n’avait franchement rien à faire sur la tête d’un rockeur quadragénaire. Le summum dans la faute de goût n’était toutefois pas sur scène; si globalement on a pu observer une certaine décence de la part du public du Zénith, j’ai tout de même pu dresser mon top 3 des erreurs de casting à considérer en priorité le jour où sera voté la loi autorisant l’euthanasie pour les individus confrontés à une souffrance extrême dont le pronostic vital est sans espoir. Je tiens donc à remercier la horde de paparazzis émérites qui me permet aujourd’hui de partager avec vous ce classement ô combien attendu :


Sur la troisième marche du podium, cette jeune fille qui semble avoir pris le nom du groupe au premier degré et décidé de s’habiller en son honneur. A moins qu’elle n’ait été décongelée pour l’occasion après avoir subi une cryogénisation forcée au sortir d’une surprise party, quelque part au milieu des années 80 ?


Médaille d’argent pour cette énooooooorme pâtisserie sur pattes, le genre de combo glucido-lipidique qui vous reste sur l’estomac pour le reste de la semaine, une sorte de Charlotte à la banane avec moult, moult crème au beurre à l’intérieur et moult, moult chantilly dégoulinant à l’extérieur, décorée à la manière d’une pièce montée. Ecoeurant.


Et pour finir, la palme du look le plus improbable, le trophée de l’attentat à la bombe psychédélique, revient à ce terrifiant individu dont le swag mériterait une dissertation en 14 pages : des pieds à la tête, c’est une déferlante de couleurs et de motifs à vous brûler les yeux. Des reflets bleus dans les cheveux au manteau léopard sur veste longue en passant par les bas rayés façon marinière sous un bermuda à carreaux, la chaîne en or qui brille, le sac bleu lien hypertexte en bandoulière et les chaussures à semelle compensée, ce type est l’incarnation même du concept de friperie. Bonne nouvelle toutefois : il semble être venu accompagné de la charlotte à la banane mentionnée ci-dessus; l’élevage semble donc identifié, et avec un peu de chance il se pourrait que l’on puisse procéder à un abattage groupé du cheptel, ce qui permettra de gagner du temps, d’économiser de l’énergie, et d’éviter autant que possible la propagation du virus…

Des choix techniques mitigés pour un concert qui laisse un peu sur sa faim…

Bref, après cet aparté, revenons à nos moutons. D’un point de vue technique sur ce nouveau concert, il y a du changement. Scéniquement d’abord : exit les grandes voiles et la thématique pirate, place à quelque chose de plus moderne avec un grand mur d’images encadré par deux écrans géants, le tout diffusant notamment des créations graphiques déjà utilisées sur divers plateaux TV pour illustrer les singles les plus récents. Il va sans dire qu’en tant qu’habillage visuel, c’est une sacrée claque, qui permet de créer des ambiances impressionnantes et d’enrichir très nettement le travail sur les lumières. Mention spéciale d’ailleurs pour l’éclairage, préparé avec grand soin donnant lieu tout au long du concert à des tas d’effets calés directement sur la musique. Du côté du son également la donne a changé, mais pas pour le mieux cette fois : on ne pourra que regretter le volume effroyablement trop fort depuis la fosse, au point d’en être difficilement supportable en dépit d’une protection auditive adéquate. A croire que le staff du groupe, après s’être promené du côté des files d’attente du Zénith, avait décidé (non sans une certaine pertinence il faut l’avouer) qu’une bonne séance de powerplate généralisée ne ferait sans doute pas de mal à certains, et surtout certaines : je n’ai pas souvenir d’avoir jamais autant senti vibrer le sol sous la saturation des graves, tandis que le moindre rugissement de hyde faisait le même effet que de se faire réveiller à 4h du matin par un gamin sadique qui vous hurle dans les oreilles.  Résultat : contrairement à ces ados et adulescents sans doute rendus déjà sourds par quelque hyperactivité auto-érotique, je n’ai guère eu d’autre choix que de préserver mes vieilles esgourdes en m’exilant à l’arrière de la fosse. Avantage de cette position : une bien meilleure vue qu’au milieu des expérimentations capillaires douteuses montées sur platform shoes. Inconvénient : moins d’effet de foule, et donc plus de difficulté à rentrer dans le concert.

Pourtant la setlist avait tout pour me séduire, tout sauf peut-être les deux premiers morceaux. Ibara no namida, sorti des profondeurs abyssales de la discographie de L’Arc~en~Ciel, se retrouve tout d’abord propulsée par un phénomène difficilement explicable en piste d’ouverture, suivie par un CHASE dont j’avais d’ores et déjà fait le deuil en apprenant qu’il serait chanté en anglais : y a pas à dire, mais entre la texte japonais à la prosodie entraînante, et sa version anglaise régurgitée par hyde et son onigiri dans la bouche (j’ai fait soft, vous avez vu ?), il y a vraiment un monde… Les singles de l’album BUTTERFLY ont pris une dimension toute autre en live, à commencer par GOOD LUCK MY WAY et DRINK IT DOWN bien servies par un ken toujours inspiré, un yukihiro hyper-concentré, un tetsuya beaucoup plus en forme qu’en 2008, et un hyde décidément excellent dans ce registre pop-rock musclé. A noter, en dépit des problèmes de volume évoqués plus haut, une balance comme souvent beaucoup plus favorable à la voix que ce que l’on peut entendre sur DVD, ce qui contribue énormément à la dynamique d’ensemble. C’est un vrai plaisir de retrouver HONEY, ainsi que REVELATION qui constitue le premier rendez-vous de jeu entre le chanteur et son public. Même XXX, dans sa version anglophone elle aussi, me fait étonnament bonne impression. Malgré cela, plus de 30mn après le début du concert, j’ai toujours cette sensation désagréable d’assister au spectacle de l’extérieur… Et ce n’est pas Jojoushi, ballade emblématique du magistral album AWAKE, qui va arranger les choses : hyde massacre en effet littéralement le morceau, enchaînant les fausses notes tandis que sa voix déverse sa loghorrée comme une limace sa traînée de bave sans respecter une seconde le tempo : pour le coup, je n’avais pas anticipé cette déception, et elle m’a franchement mis le doute.

…mais L’Arc~en~Ciel reste L’Arc~en~Ciel !

Fort heureusement toutefois, le salut a fini par arriver, un peu sans prévenir, avec forbidden lover. Il s’agit là aussi d’une de mes ballades préférées de L’Arc, qui paradoxalement ne fait pas partie des chansons que j’écoute le plus souvent. Mais dès les premiers temps de cette boucle de caisse claire caractéristique du morceau, exécutée avec une précision incroyable par Yukki à la batterie, j’adhère. Et bercé par cette rythmique entêtante, j’ai enfin droit à mes premiers frissons lorsqu’au refrain la voix de hyde, haute et claire, se met à résonner puissamment dans l’enceinte du Zénith tandis que la scène s’embrase de teintes rouges du plus bel effet. Un bien beau moment de solennité prolongé par le très attendu MY HEART DRAWS A DREAM et son traditionnel choeur de « Yume wo egaku yoooo » entonné par la foule, qui fait toujours son petit effet. Dès lors je suis enfin conquis, et profite pleinement d’un SEVENTH HEAVEN efficace au possible (sans incident cette fois !), avant que ne s’enchaînent trois grands classiques qui sauront mettre le feu à la fosse : Driver’s High, STAY AWAY et bien sûr READY STEADY GO. Comme d’habitude le public français n’est pas des plus fervents au moment du rappel, les clameurs se faisant relativement timides. Mais le retour du groupe sur scène est salué comme il se doit avec le refrain de Anata entonné par la foule à l’invitation des écrants géants transformés en karaoke pour l’occasion. Laruku entame ainsi son rappel avec la chanson qui avait conclu le concert de 2008, toujours aussi monumentale. Et c’est sur trois autres titres phares de sa discographie que le quatuor concluera le concert dans une ambiance très chaleureuse : winter fall tout d’abord, puis son tout premier single Blurry Eyes accueilli avec un énorme enthousiasme par les fans, et enfin Niji, choix peut-être plus symbolique que pertinent sur le plan artistique, avec sa pluie de plumes pour terminer en beauté.

Pas de réelle surprise à l’issue de ce concert : comme prévu, L’Arc a offert aux spectateurs du Zénith un très très bon show, doté d’une excellente setlist et servi par une scène superbe. En dehors d’un volume sonore vraiment déraisonnable, du choix terriblement frustrant de chanter CHASE en anglais, et d’un Jojoushi massacré, il y a tout lieu d’être satisfait par la prestation du groupe, qui a fait honneur à son public. Toutefois comme on pouvait s’y attendre, il a tout de même manqué ce petit quelque chose qui avait fait du concert 2008 un moment exceptionnel gravé à tout jamais dans la mémoire des fans. Cela s’est senti dans l’ambiance pré et post-concert comme dans les réactions du public pendant le spectacle : la foule semblait moins impatiente, moins survoltée, moins aveuglée par des étoiles plein les yeux, moins encline aussi à enchaîner ensuite, pendant des jours et des jours, les superlatifs par tous les moyens possibles à sa disposition. La fièvre n’est pas montée aussi haut, et est redescendue bien plus vite aussi qu’en 2008. Quant au groupe, on l’a senti bien maîtriser son sujet, de façon confiante, très pro, sans doute trop. On l’a senti impliqué, mais moins engagé : sans doute le contexte (remplissage de la salle annoncé « décevant », enjeu clairement moins pressurisant après les concerts de Londres et New York) était ce soir moins favorable qu’il y a 4 ans, où ken par exemple avait vraiment donné l’impression de prendre le pied de sa vie, et où hyde s’était bien plus investi dans ses speechs. Reste qu’en dépit de cette communion peut-être un peu moins forte entre le groupe et son public, nous avons tout de même eu droit à de superbes moments, tout en confirmant cette impression marquante du concert précédent : L’Arc~en~Ciel est, incontestablement, un vrai groupe de rock, et un bon. Aussi ne pourra-t-on que se réjouir, alors que le climat incitait à penser que le groupe était au bord de la séparation, d’avoir entendu à plusieurs reprises les artistes donner rendez-vous « à bientôt » au public français, auquel ils ont fait promettre de les attendre. L’avenir nous dira si tout le monde finira par tenir ses promesses !

(Merci à T’Charles et kiki pour les photos !)

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