Critique album : Ayumi Hamasaki – Party Queen mar31

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Critique album : Ayumi Hamasaki – Party Queen

En rapportant l’exécution de trois condamnés à mort au Japon, les media occidentaux ont omis de préciser que ce n’était pas là le seul coup de grâce que nos amis nippons aient infligé cette semaine à un de leurs compatriotes. En ce qui concerne Ayumi Hamasaki toutefois, la mise à mort fut beaucoup plus expéditive : quelques jours seulement après un verdict sévère sanctionnant son nouvel album Party Queen de ventes catastrophiques pour son premier jour de commercialisation, les stats hebdomadaires compilées par Oricon sont tombées comme un couperet. Pour la première fois de sa carrière, un album original d’Ayu n’est pas rentré en pôle position le jour de sa sortie. Et pour la deuxième fois seulement, la chanteuse ne prend pas la tête du top hebdomadaire avec son nouvel opus original. Pire encore : il s’agit là, de loin, des plus mauvaises ventes jamais enregistrées par l’artiste, presque moitié moins que celles de Love Songs, qui était déjà un plus bas. Et pour couronner le tout, c’est un symbole qui s’effondre : avec 98.000 copies écoulées seulement, Ayu ne passe même pas la barre fatidique des 100.000. L’album avait « leaké » de longue date, mais j’attendais impatiemment ces chiffres pour m’attaquer à ma chronique de Party Queen, et pour cause : ce flop, je l’avais vu venir à des kilomètres. Dommage en tout cas, car le disque en lui-même ne méritait tout de même pas une telle déconvenue…

Ayumi Hamasaki - Party QueenNon mais franchement, Ayumi Hamasaki a-t-elle perdu la tête ? N’y a-t-il donc plus personne chez avex pour lui rappeler le sens des réalités ? En divulguant des jaquettes aussi vulgaires (toutes proportions gardées, mais rappelons qu’au Japon le puritanisme est presqu’à la hauteur des innombrables travers de mauvais goût dont la société nippone est capable), la chanteuse portait un sale coup à son image déjà écornée par son divorce éclair du mois de janvier. Et le bisou de la pornstar Masaki Koh et son petit ami dans le clip de how beautiful you are, qui a fait beaucoup parler de lui, a sans doute été la connerie de trop. Ayu est une « fille à PD », ce n’est un secret pour personne (et ça devrait en passant faire encore un peu plus réfléchir les fans d’un certain Jaejoong). Mais de là à jouer à ce point dans la cour des icônes gays, il y a un pas qu’elle n’avait encore jamais franchi. Le photographe Leslie Kee et le compositeur Timothy Wellard, ses deux prêtresses du milieu, ont finalement eu raison de la conscience sociale de la Jpop Queen, qui a donc royalement sabordé son CD en gobant naïvement que le grand public nippon était aussi ouvert d’esprit qu’elle. La bécasse ! Quant à la fanbase essentiellement féminine de l’artiste, qui se réduit déjà comme peau de chagrin depuis quelques années, elle a sans doute violemment accusé le coup. Ayu a beau tenter de corriger le tir en évoquant un concept dénonciateur de sa « solitude » face notamment aux paparazzis pour justifier la séance photo du CD, elle a beau également se lancer dans une grande campagne promo à l’ancienne sur le terrain, habillée en petite fille sage et affublée de son acolyte le plus populaire en la personne de son danseur Shuya, le mal est fait.

Un album plus ou moins bien inspiré…

Le principal coupable de tout cela, j’ai déjà eu l’occasion d’en parler, c’est Timothy Wellard. L’arriviste Timmy, qui surprend plutôt positivement par la qualité de ses compositions, mais pêche terriblement par son omniprésence. On connaît la fidélité intransigeante d’Ayu à ses amis, mais de là à le laisser occuper une telle place… Ses déhanchements de follasse décérébrée dans les clips de NaNaNa et Shake it, ses travestissements improbables sur scène, ses choeurs et ses raps insérés partout, tout ça, c’est de trop. Pourtant l’intention initiale était plutôt bonne et intelligente : Timmy est un fan invétéré d’Ayu, et en tant que fan, il est bien placé pour savoir ce que les fans attendent d’elle. Il a donc créé pour la chanteuse les morceaux que lui-même rêvait de l’entendre chanter, certains pile poil dans ses rails habituels, d’autres plus expérimentaux dans leur ambition; et il a clairement influencé en passant le reste de la conception de ce nouvel album. Le résultat est effectivement taillé pour la fanbase, à un détail prêt : la fanbase occidentale, celle à laquelle appartient Timmy, celle là même qui s’est globalement réjouie à l’écoute de Party Queen. Les fans japonais eux (ou plutôt elles) sont d’une toute autre sensibilité; mais ça l’équipe marketing d’Ayu ne l’a compris que trop tard…

L’album est donc construit comme un florilège, sans thématique particulière. Une sorte de catalogue des différentes facettes musicales d’Ayu, sur lesquelles sont intervenues une bonne partie de ses collaborateurs récurrents : l’infâme Yuta Nakano évidemment, mais aussi tasuku, CMJK, BOUNCEBACK et même D.A.I. de retour., sans oublier quelques petits nouveaux, comme Timmy,  Katsumi Ohnishi (ex-guitariste du duo The generous) et Corin (un jeune producteur qui a notamment co-signé Let it go pour F.T.Island). Le CD débute sur une vague electro-pop/dance, le sacro-saint fonds de commerce de la chanteuse un poil modernisé à la Sparkle, avec une touche revival disco eighties au beat appuyé sur la chanson-titre Party Queen. Il y a effectivement un petit côté hymne festif dans ce morceau, avec des synths pop accrocheurs et une interprétation plaisante qui renouent positivement avec les tubes d’Ayu des années 2000, même si la production dégage quand même quelque chose d’un peu moins frais dans les faits que sur le papier. Plus intéressante peut-être, NaNaNa propose une rengaine entêtante et charismatique à souhait (Tic Tic Tic, Tic Tac Tic) sur une base electro-industrielle matinée de synthés trancy sur les refrains; seul souci : la piste est salement gâchée par le rap de Timmy, qui marche fièrement sur les plate-bandes de Mark Panther du groupe globe dans le rôle du parasite de service totalement pas crédible. Enfin, Shake it joue dans un registre pop plus agressif et plus dépouillé avec des riffs lourds en guise de base mélodique et des basses là aussi très présentes; le duo BOUNCEBACK/CMJK surfe même le temps d’un pont sur la mode dubstep du moment, mais là encore, le résultat global bien que bien produit sonne globalement trop froid à mes oreilles. A noter que pour conclure cette virée électronique, tasuku nous offre en guise d’interlude une reprise du thème d’Aerodynamic de Daft Punk, certes efficace, mais éhontément non créditée dans le livret du CD.

…aux recettes plus ou moins originales et à la réalisation  plus ou moins efficaces.

On attaque ensuite l’habituelle salve de morceaux pop-rock, avec call et Letter, deux chansons extrêmement classiques dans la discographie d’Ayu, qui rappellent Last Links, decision et tout un tas d’autres. Toutes deux sont plutôt bien fichues dans le genre, mais pas inoubliables pour autant : call donne dans un registre un peu plus lumineux et fédérateur, tandis que Letter lorgne un peu plus du côté de la ballade rock avec sa ribambelle de cordes dans les arrangements; mais dans les deux cas la copie de Katsumi Ohnishi, collaborateur inédit d’Ayu, est sans surprise extrêmement propre et fidèle à l’esprit avex. Dans le même genre, j’ai une réelle préférence, sur le plan de la pure efficacité, pour reminds me, ballade rock orchestrale que j’aime qualifier d’apocalyptique comme la discographie d’Ayu en compte également déjà quelques unes. A la composition, Yuta Nakano a très bien appliqué une recette éculée, dans la veine de son excellent talkin’2 myself, et a surtout eu la bonne idée de laisser les arrangements à Tasuku, dont le travail est généralement plus mordant et moins caricatural. La caricature toutefois, Nakano nous la livre sur Return Road, ballade orchestrale gerbante à l’ancienne avec tout ce dont on a eu le temps de se lasser depuis des années : les carillons/jetés de poudre magique, les couplets aux encéphalogrammes plats, les violons synthétiques dégoulinants, et j’en passe… Le pauvre D.A.I, à l’origine de ce morceau, aurait bien mieux fait de rester sur son île déserte ! Tell me why ne laissera pas non plus un souvenir impérissable : la compo, achetée à une team européenne et qui a déjà servi à une artiste grecque, ne casse pas trois pattes à un canard, et les arrangements qui hésitent entre le hip-hop low tempo et le pop-rock ne portent pas vraiment le titre, bien que celui-ci se laisse écouter.

L’album se conclut sur une série de contributions signées Timothy Wellard à la compo et Yuta -l’étrangleur- Nakano aux arrangements. La mauvaise nouvelle, c’est qu’on y retrouve le terroriste how beautiful you are sur lequel j’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer. La bonne nouvelle, c’est que le côté novateur des deux autres morceaux imaginés par Timmy a obligé Nakano à sortir de ses poncifs. Timmy s’est fait un petit plaisir en concoctant pour Ayu deux tableaux retro-jazzy, le premier dans une ambiance piano-bar suave avec the next LOVE; et le second plus joueur, un vrai numéro de cabaret avec une compo variée et une orchestration riche très plaisante. Le tout est étonnamment ambitieux, étonnamment bien interprété, étonnamment bien fini. Et si ce n’est clairement pas le genre de chanson que l’on peut qualifier de tube en puissance à même de relancer la carrière d’Ayu, l’effort d’inclure ça sur un album est, franchement, on ne peut plus louable. Voilà qui devrait d’ailleurs donner quelque chose d’intéressant sur le plan scénique sur la prochaine tournée de l’artiste !

Party Queen, c’est donc l’histoire d’un album bourré de bonnes intentions tuées dans l’oeuf par un laisser-aller marketing extrêmement surprenant pour une production japonaise. Timmy Wellard y gagne ses gallons de compositeur et d’ »homme » d’influence. Il a permis à Ayu de se recentrer sur sa personnalité artistique avec parfois une certaine efficacité, et lui offre également de quoi explorer d’autres horizons qui ont le mérite de donner un résultat intéressant, à défaut d’être viable. Toutefois il y a dans la production de ce CD une certaine froideur typiquement occidentale, une certaine défaveur mélodique au profit de la rythmique notamment sur les premiers morceaux, qui font que ce disque est clairement plus taillé pour la fanbase non japonaise. Reste que Timmy serait bien inspiré d’apprendre à rester à sa place. Car d’un point de vue image donc, son influence et celle de Leslie Kee ont accouché d’une des plus grosses erreurs de communication jamais commise par une artiste d’avex. Les japonais aiment Ayu fragile et émouvante sur ses ballades, festive et bourrée d’ondes positives sur ses titres entraînants. Ils n’avaient aucune chance d’adhérer à ce concept de Party Queen où, loin d’être la leader charismatique d’un joyeux délire bon enfant comme les japonais l’attendraient d’elle, elle fait plutôt débauchée en string sur la table, qui paye ses excès d’alcool en fin de soirée dans une quelconque cave mal fréquentée de la banlieue londonienne… Le résultat donc, c’est un CD plutôt enthousiasmant sur le moment dont on risque toutefois de ne plus retenir grand chose au bout de quelques écoutes. Et surtout un flop commercial retentissant, qui va causer quelques longues nuits d’insomnie à la team de l’artiste, laquelle va avoir bien bien du mal à rebondir. Je ne cache pas une certaine curiosité à l’attente de sa prochaine sortie !

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