Critique album : L’Arc~en~Ciel – BUTTERFLY

Et bien voilà : plus de 4 ans et demi que les fans l’attendaient, et il est enfin sorti. Le nouvel album original de L’Arc~en~Ciel, intitulé BUTTERFLY, est dans les bacs depuis une quinzaine de jours à l’heure où j’écris ces lignes. Sauf que, toujours à cette heure, ces mêmes fans l’ont déjà oublié depuis longtemps. La raison ? Une tracklist hautement contestée, ne comportant que 4 titres inédits contre 7 issus des différents singles accouchés pour certains il y a déjà de longues années. Pire encore : le CD bonus, compilant une salve de faces B également connues depuis longtemps et signées P’UNK~EN~CIEL, vient enfoncer le clou et condamne Laruku à un bon gros carton rouge. Du point de vue des fans, c’est au mieux un coup pour rien, au pire l’expression d’un j’m'en foutisme aux intérêts purement mercantiles. Histoire de servir à quelque chose, je vais donc essayer de m’adresser à ceux qui ne suivent pas assidument l’actualité de L’Arc et juger cet album pour ce qu’il vaut dans l’absolu…

L'Arc~en~Ciel - BUTTERFLYPour une bonne part des connaisseurs du groupe, Laruku est indéniablement sur le déclin. hyde lui-même a fait récemment part de ses doutes sur le bien fondé d’une poursuite des activités du quatuor, et semble bien plus s’épanouir dans le cadre de VAMPS. Mais sans doute que tetsuya et ken notamment, dont les projets solo ont plus de mal à s’attirer les faveurs du public, ne voient pas les choses de la même façon. Toujours est-il que depuis l’immense album AWAKE en 2005, on ne peut pas dire que les sorties qui ont réellement convaincu les fans soient légion : à part les singles MY HEART DRAWS A DREAM qui semble avoir fait l’unanimité, XXX qui avait le mérite de changer un peu, et CHASE tout récemment qui a agréablement surpris une majorité du public, les chansons du groupe se sont contentées de se laisser écouter, à commencer par l’album Kiss, globalement décevant. Occupés dans leurs projets respectifs, hyde et ses compères ont surtout donné l’impression ces 4 dernières années de ne se sortir les doigts du popotin que pour assurer les commandes commerciales, en l’occurrence pour des thèmes de films, anime ou jeux video.

Et pourtant avec le recul, à ma grande surprise, BUTTERFLY laisse à l’écoute une impression étonnamment positive. Un peu comme si chaque single s’était avéré, à sa sortie, inférieur aux trop hautes attentes qui pesaient sur ses épaules, mais que dans le contexte de l’album la compilation de ces singles de qualité objectivement très honnête engendrait un disque finalement homogène à un niveau très supérieur à la moyenne du marché.

L’Arc~en~Ciel – COMPLETE SINGLES 2008-2012

La rétrospective démarre avec DRINK IT DOWN, thème du jeu Devil May Cry 4 que j’aurais bien vu sortir du côté de la fin octobre de part son thème musical vampirico-fantômatique très caractéristique. Dans un registre rock très classique dans la discographie du groupe, le titre ne réveillerait pas une marmotte en plein hiver mais fait plutôt bien son effet. NEXUS 4 rappelle passablement Feeling Fine avec sa rythmique rock’n'roll martelée sur une mélodie toute aussi positive, tandis que SHINE, sortie sur le même single, joue plutôt sur le terrain très caractéristique des hymnes pop-rock aux guitares très présentes, entre Natsu no yuutsu, snow drop et autres LOST HEAVEN. La traditionnelle ballade orchestrale aux cordes dégoulinante a vu le jour en janvier 2009 : BLESS, qui n’a toutefois pas le charisme de Hitomi no Juunin ni la solennité de Anata. Deux ans et demi plus tard, L’Arc entamait les célébrations de son 20ème anniversaire avec un nouveau thème pour l’anime Full Metal Alchemist : Good Luck My Way, une chanson menée tambour battant qui lorgne du côté de Ready Steady Go sans en avoir l’efficacité exceptionnelle. Le premier vrai trait d’originalité depuis de longues années est en fait venu de XXX, une chanson à la construction qui change un peu notamment par ses couplets tout en respirations et son gimmick en anglais à l’accent toujours aussi contestable. Problème : l’abus de cordes rend la digestion un peu difficile et les refrains extrêmement convenus. Le tube en puissance se sera donc fait attendre, mais il aura au moins fini par arriver : CHASE, sur lequel je me suis déjà attardé il y a quelques semaines, reste incontestablement LA grande réussite de ce nouvel album.

L'Arc~en~Ciel

Au rayon des inédits malheureusement, ça ne suit pas, on peut même parler de pur remplissage. Bye Bye est un pot-pourri des innombrables titres pop-rock mid-tempo old school de L’Arc, léger voire niais, qui sent plus que jamais le fond de tiroir remis au goût du jour avec l’adjonction surdosée de violons dont on se serait volontiers passé. wild flower n’a pas le moindre intérêt dans le registre de la ballade rock un peu planante, et Mirai Sekai dont les arrangements sont intrigants dans l’absolu avec une touche alternative / shoegaze, tombe malheureusement un peu à plat, la compo étant soporifique au possible. Bilan assez maigre donc, et seul shade of season vient un peu relever le niveau, non par son originalité mais au contraire en cela qu’elle vient faire vibrer la corde sensible des fans : la piste sonne en effet incroyablement rétro, avec des guitares électriques qui fleurent bon l’époque des album True, Tierra ou Heart, et une construction mélodique qui rappelle incontestablement plusieurs tubes du groupe à commencer par le cultissime DIVE TO BLUE. A ce point de similarité dans le son et l’esprit de la composition et des arrangements, c’est vraiment à se demander s’il ne s’agit pas d’un morceau (voire d’un enregistrement) d’époque.

Pour finir, un mot sur le CD bonus, constitué d’une salve de reprises de chansons de L’Arc par son double P’UNK~EN~CIEL. Le concept : des reprises punk où les rôles sont interchangés, tetsuya passant au chant, yukihiro à la basse, ken à la batterie et hyde à la guitare. L’idée a tout pour engendrer un fan-service efficace, mais le résultat n’a jamais été franchement concluant, parce que les réorchestrations sont trop basiques d’une part, et aussi parce qu’on ne peut pas dire que tetsuya soit le meilleur chanteur qui soit… En face B de singles, ça passait encore, mais compilées ainsi sur un CD unique, les chansons de P’UNK~EN~CIEL finissent très, très vite par casser les oreilles.

Bilan des courses : tout n’est pas à jeter sur ce nouvel opus de L’Arc, qui n’est pas dénué d’intérêt. Certes à l’exception de CHASE on ne peut pas dire qu’il y ait sur cet album de quoi rendre fou ses voisins à coups de riffs ravageurs, de batterie percutante, de hurlements de douleur ou de matelas qui grincent. Et le moins que l’on puisse dire c’est que l’Arc ne se réinvente pas, loin de là. Pourtant ce qui pourrait passer pour une faiblesse est peut-être la principale force du CD : en jouant sur ses poncifs, en réexploitant les bonnes vieilles recettes, le groupe ne prend certes pas de risques mais assure, finalement plutôt bien, en restant fidèle à ce qui a toujours plu au grand public. En période de célébration anniversaire, c’est somme toute assez honnête, même si pour les fans ça ne peut qu’être frustrant. Il faut dire aussi qu’ayant zappé rapidement la plupart des nouveautés du groupe depuis 2008, je n’ai pas vraiment eu l’occasion de m’en lasser. Là où il y a de quoi s’inquiéter, c’est que le disque dégage effectivement une espèce de lassitude de la part du quatuor, un manque d’inspiration, de motivation… Un peu comme si le 20ème anniversaire était une occasion immanquable et qu’il fallait donc faire le job, honorer les attentes des uns et des autres en prenant ce qu’il y a à prendre de pognon en passant. Mais le coeur n’y est vraisemblablement pas. Ne reste donc plus qu’à espérer que nos quatre quadras blasés sauront retrouver à Paris, en avril prochain, la fougue et le plaisir communicatif qui avaient fait le bonheur des fans au Zénith il y a quatre ans. J’avoue ne pas savoir qu’en penser. Vous y croyez, vous ?

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