Critique single : Ayumi Hamasaki – how beautiful you are

Un des préceptes de base de tout bon brainstorming, c’est que pour faire de la place aux bonnes idées, il faut toujours commencer par laisser sortir les mauvaises idées. Il faut toujours purger l’esprit de toute la merde qui s’y trouve : ce n’est qu’à ce prix que l’on fait place nette et que l’on crée un terrain favorable au développement des concepts qui auront de l’avenir. Et bien ma foi, j’ai une bonne nouvelle : si ce précepte est vrai, alors le nouvel album d’Ayumi Hamasaki a de bonnes chances d’être formidable. Parce que dans le genre chasse d’eau post-digestion d’une purée de dragées fuca, je crois que la chanteuse avait rarement fait mieux que ce how beautiful you are, single digital sorti ce 8 février. Tant ce qui aurait pu être une bonne chanson est gâché par une avalanche de déjections voco-instrumentales pour lesquelles il n’existe guère qu’un qualificatif : à chier.

how beautiful you are est une ballade mid-tempo composée par le duo à l’origine de la chanson BRILLANTE qui avait tant fait parler sur le mini-album FIVE; duo qui sera probablement aussi le principal contributeur du prochain album de l’artiste, Party Queen, prévu pour mars. Le duo en question, c’est donc Timothy Wellard, le nouveau protégé britannique d’Ayu, et Yuta Nakano, l’arrangeur terroriste dont je rêve qu’il se fasse un jour zigouiller discrètement par quelque yakuza un tantinet éméché. Ou, c’est égal, exécuter après un procès en bonne et due forme lors duquel aucun jury au monde ne saurait l’acquitter tant ses crimes sont de notoriété publique.

Tim Wellard

Tim Wellard

Je ne dirai jamais assez tout le mépris que m’inspire le personnage de Timmy, que je ne suis visiblement pas le seul à conspuer puisque pas plus tard qu’hier il se plaignait sur twitter qu’on le qualifie régulièrement de « fat lesbian ». Il faut dire que lui-même se décrit comme une « boring British girl », met un corset pour contenir ses bourrelets et expérimente des tas de recettes de jus de fruits et légumes pour affiner sa silhouette. Son seul avatar twitter donne furieusement envie de lui faire passer quelques années dans un camp de travail sous la direction de Vladimir Poutine, où l’on se chargera de lui rappeler que ses couilles servent à autre chose qu’à être écrabouillées lors de je ne sais quels supplices de soumission sexuelle. Le pire c’est qu’il semble y tenir à ses couilles le bonhomme, puisqu’il confiait ne pas pouvoir dévoiler quoi que ce soit au sujet du nouvel album d’Ayu de peur qu’il leur arrive quelque chose… Bref donc, je déteste Timmy, et pourtant force est de constater que la compo de l’homo-érotique BRILLANTE était intéressante, et force est aussi de constater que celle de how beautiful you are n’est pas dégueu non plus. Croyez-moi, ça m’arrache un bras d’écrire qu’une pareille follasse de bas étage, rencontrée complètement par hasard qui plus est, apporte quelque chose de plutôt constructif à la carrière d’Ayu. Mais en l’état actuel des choses, ce serait malhonnête de ne pas le reconnaître.

Yuta Nakano, aka le Charb du pauvre.

Où est le problème alors ? Et bien le problème c’est que si cette compo est plutôt ambitieuse, grandiloquente même, si cette compo est aussi clairement pondue par un vrai fan d’Ayu qui aspire à lui rendre charisme et efficacité dans ses poncifs pour toucher le coeur des fans, il n’en est pas moins que tout dans la réalisation est à jeter. Faire arranger ce titre par Nakano et le faire chanter par Ayumi, c’est un peu comme demander à un boucher de lever à la hache les filets d’un beau saumon (mais pas trop beau non plus hein, juste beau quoi) pour faire faire des sushi à une classe de maternelle.

how beautiful you are

how beautiful you are débute par des notes de piano électronique que même Bontempi n’oserait plus commercialiser de peur de tomber dans l’auto-caricature. Ayu vient poser là dessus son chant qui marque le grand retour de ses réflexes nasillards d’antan, lesquels forment un mega-hit-combo inédit avec cette superbe diction hachée d’abrutie bercée trop près du mur, et les non moins légendaires vibratos de fin de phrase qui à ce stade tiennent carrément du séisme laryngien. Je vous jure : même si les choses s’améliorent vaguement par la suite, le premier couplet-refrain du morceau à lui seul est une véritable bénédiction pour tous les détracteurs de la chanteuse, qui y trouveront la cristallisation des pires défauts et tics vocaux expérimentés par l’artiste en bientôt 15 ans de carrière. Le caractère vomitif du chant est renforcé par ces sempiternels violons qui, synthétiques ou non, sonnent en tout cas terriblement plats et artificiels. Et par cette pseudo-harpe nauséabonde qui vient pleuvoir sur le second couplet. Et par ces choeurs de trois ou quatre pélerins tout au plus, discount au possible, sur le pont et le dernier refrain. Et par les sempiternelles clochettes et le carillon-jeté de poudre magique pour lesquels j’ai déjà condamné mille fois Nakano à la peine capitale (sisi, écoutez bien la version instru, ils sont là !). Bref, là où Tim Wellard avait plutôt bien rempli sa part du travail en livrant une soupe ultra-commerciale indéniablement entêtante avec une progression bien construite, les arrangements pauvrissimes de Nakano et l’absence totale de qualités techniques d’Ayu viennent ruiner absolument tous ses efforts. Je m’en réjouirais presque pour lui si ce n’était si frustrant pour le fan que je suis.

Vous savez ce qui est le pire ? C’est qu’en fait je ne suis pas du tout convaincu qu’Ayu et sa team aient bien expurgé sur ce single toute la merde qu’ils avaient à faire sortir avant de nous pondre son nouvel album. Non, en fait je suis même à peu près persuadé que how beautiful you are n’est qu’un avant-goût de ce qui nous attend sur Party Queen. Car si l’ensemble de l’album a été enregistré en une fois, comme ça semble être le cas, à Londres il y a quelques semaines, avec la même équipe de production, il n’y a donc aucune raison de croire que le reste du CD aura droit à un traitement différent, à une interprétation plus soignée, à une voix plus posée, à des arrangements plus convaincants. Je ne sais pas pour vous, mais personnellement, je ne suis finalement plus très pressé de l’entendre, ce nouvel album…

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