Critique album : YUI – HOW CRAZY YOUR LOVE

Il fut un temps où je l’aimais bien, la petite YUI. A vrai dire, j’ai même été de ceux qui ont encensé son premier album, ainsi que le deuxième. Mais elle a beau être encore toute jeune, j’ai l’impression que cela fait un bon paquet d’années que la chanteuse n’a plus rien sorti de convaincant. Qu’elle ait enchaîné 5 albums en tête des ventes depuis ne prouve rien : on connaît l’inclinaison naturelle des japonais à confondre tristesse et ennui, nostalgie et redondance, identité artistique et immobilisme. Si bien que je dois avouer ne même plus écouter les sorties de l’artiste depuis de longs mois. Mais voilà que sort son nouvel opus, au titre toujours aussi aléatoire de HOW CRAZY YOUR LOVE, et parce que je suis d’humeur conciliante, je décide de lui donner sa chance. Avec une bonne surprise à la clé ?

yui-howcrazyyourlove

Oui je sais, ce cliffhanger éhonté à la fin de mon paragraphe d’intro ne vole pas haut : si YUI avait sorti quoi que ce soit de surprenant, ça se saurait. Et l’album ne serait pas n°1 des ventes à son tour. L’un des hauts responsables de l’assoupissement des fans de la première heure se nomme Hisashi Kondo. Depuis qu’il a pris les rênes de la production musicale de l’artiste, le fait est qu’il a transformé pour de bon notre petite YUI en une improbable réincarnation de Morphée à laquelle on aurait coupé les ailes. Et avec l’omniprésence de Kondo sur ce nouvel album, c’est la narcolepsie qui guette. Sortez les réserves de Juvamine, et faites une bonne cure de spiruline avant d’attaquer la suite, il faudra au moins ça…

A la pension des mimosas, tout le monde est heureux... Merci Bromazepam !

A l’image de Greena.live, qui eût mieux porté le titre de Greya.dead, YUI se traîne, se traîne, se traîne, encore et encore, tout au long du disque. Son filet de voix d’ordinaire déjà proche du murmure a tendance à chevroter, et l’énergie que l’on pourrait attendre de tout un tas de morceaux a semble-t-il fait les frais de la fermeture des centrales nucléaires à travers tout le Japon. Ainsi It’s my Life (et Lock’on, même combat), sonne comme un single d’Ai Ôtsuka sous Prozac, avec ses couplets aux accords calqués sur une bamba version toute fin de soirée, vous savez, ce moment exquis où l’on tente de garder les yeux ouverts pour ramasser les gobelets en plastique par terre au milieu des galettes… Quelques heures plus tôt au cours de la même soirée, YUI enregistrait d’ailleurs U-niform, une chanson country-pop bouclée pendant le coup de barre de fin de repas, et les gros pots de Crispy Chicken, croyez-moi, ça cale bien quand on pèse 38kg toute mouillée.

Il n’y a pas que l’interprétation qui fleure la camomille, la verveine, la valériane et le houblon. Côté instru aussi, avec l’aide des rouleaux compresseurs légendaires de chez Sony, c’est l’encéphalogramme plat. Que dire de Nobody Knows par exemple, aux arrangements garage-rock sans doute super sur le papier, mais qui perdent tout leur sens quand on les fait jouer par le club musique de l’Hospice des Rossignols. La patte de Kondo donne la gerbe (il faut bien faire passer les Crispy Chicken par un trou ou par un autre) sur les strings Yamaha nauséabonds de YOU, une ballade midtempo presque aussi amorphe que no Reason, dans un registre plus pop-rock acoustique passé sous le jet d’un karcher d’eau de javel. Tout aussi affligeant : Rain, dont l’accompagnement rock’n'roll semble avoir été confié à Nicolas, José, Sébastien, Olivier et bien sûr Cri Cri d’amour, lequel n’était clairement pas dans un bon jour.

Un mot sur les paroles ? Est-ce bien nécessaire ? Entre Cooking (sic) et ses lalala sur rythmique low-tempo au tambour, et Separation, qui fait lalala aussi mais sur une rythmique un peu funky, c’est vraiment à se demander si YUI pige quelque chose à ce qu’elle chante. Allez c’est Noël, je vais quand même en repêcher une : HELLO, le thème du film Paradise Kiss, dont les couplets apathiques accouchent d’un pop-rock à la positive attitude à peu près réveillée sur les refrains. C’est tout de même bien maigre.

Pour ceux qui se seraient endormis avant d’arriver à la conclusion, je résume : HOW CRAZY YOUR LOVE est un album qui achève de nous convaincre de la neurasthénie aggravée dont souffre la pauvre YUI, laquelle ajoute à une discographie rébarbative le drame d’être mal entourée. Voilà quelques années, je m’inquiétais de sa capacité à se renouveler, que j’estimais être une condition sine qua non à ce qu’elle ne lasse pas très vite son public. Si tant est qu’il restait quelque espoir à une poignée de fans de notre côté du planisphère, je les conjure, après l’écoute de ce disque, de renoncer une fois pour toutes. Mais qu’ils se rassurent : les industriels de la kpop sont là pour les accueillir à bras ouverts. « La barbarie plutôt que l’ennui, » comme disait Théophile Gautier ?

Partagez et article avec vos amis !